[Infoligue] Les diplômes du sport et de l'animation pèchent par leur complexité et leurs "logiques concurrentielles"
Denis Lebioda
denis.lebioda at laligue-alpesdusud.org
Mer 8 Jan 10:13:47 CET 2014
Les diplômes du sport et de l'animation pèchent par leur complexité et
leurs "logiques concurrentielles"
Publié par : http://www.localtis.info
Le : mardi 7 janvier 2014
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"Une complexité croissante", une gestion "de plus en plus lourde", "un
déficit d'articulation et de complémentarité". Le diagnostic de la
mission relative à l'évaluation de la politique ministérielle de
formation et de certification aux métiers du sport et de l'animation,
rendu public en décembre 2013, n'est pas tendre pour le ministère des
Sports et de la Jeunesse. Certes, la synthèse met en lumière "la
pertinence du dispositif […], construit sur le principe de l'alternance,
au regard des objectifs de professionnalisation et d'insertion sociale
de ses bénéficiaires", mais cela ne suffit pas à relever un tableau
d'ensemble qui s'est assombri au cours des années. En cause, notamment,
le trop grand nombre d'acteurs aux "logiques divergentes, voire
concurrentielles".
Ce rapport de diagnostic fait suite à la lettre de mission que la
ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la
Vie associative, Valérie Fourneyron, a adressée le 25 avril 2013 à
l'inspection générale de la Jeunesse et des Sports (IGJS). Son but ?
"Définir les axes de réflexion à partir desquels une nouvelle lettre de
mission sera adressée par la ministre à l'IGJS, afin d'examiner les
différents scénarios d'organisation possibles de la politique
ministérielle de formation et de certification."
Une architecture complexifiée
Dans leur démonstration, les rapporteurs reviennent sur le remplacement
progressif, à partir de 1999, des brevets d'Etat d'éducateur sportif
(BEES) au profit des brevets professionnels, notamment le brevet
professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport
(BPJEPS), diplôme de niveau IV commun aux champs de l'animation et du
sport de loin le plus délivré.
S'ils se félicitent que les diplômes délivrés par le ministère
constituent aujourd'hui "des diplômes reconnus par les employeurs, et
appréciés le plus souvent, par leurs titulaires", les rapporteurs notent
que "l'architecture s'est complexifiée au prix d'une inflation
réglementaire et au point de devenir difficilement lisible pour l'usager
et parfois même pour les agents du ministère, la technique ajustée à
l'expression de besoins épars, ayant pris le pas sur le sens et les
objectifs poursuivis". Et de citer, à titre d'exemple, le cas du BPJEPS
qui se décline en 18 spécialités, 57 mentions, 67 unités de
certifications complémentaires et 114 certificats de spécialisation…
alors même que la réforme de 1999 entendait pallier la trop grande
spécialisation des BEES 1er degré (au nombre de 69).
"Une concurrence s'est progressivement instaurée"
Outre cette complexification des diplômes ministériels, les rapporteurs
notent qu'en insérant le dispositif de formation et de certification
dans l'évolution du système français de la formation professionnelle, la
rénovation des qualifications a par ailleurs mis un terme à la position
de monopole du ministère. Aujourd'hui, certificats de qualification
professionnelle (CQP) délivrés par les branches professionnelles et
titres à finalité professionnelle (TFP) délivrés par les fédérations
sportives, complètent, avec les diplômes de l'enseignement supérieur, le
paysage des certifications relatives à l'encadrement du sport et de
l'animation.
Si les CQP doivent en principe répondre aux besoins non couverts par les
titulaires de diplômes d'Etat, les rapporteurs pointent la dérive qui
n'a pas manqué d'apparaître : "Une concurrence s'est progressivement
instaurée entre des CQP de la branche sport et certains diplômes du
ministère, en particulier des BPJEPS." Pour illustrer ce chevauchement,
notons que le BPJEPS spécialité activités équestres, qui vise à la
conduite de séances et de cycles d'initiation, de découverte et
d'animation sportive dans toutes les activités équestres, est en
concurrence avec le TFP assistant animateur d'équitation et le CQP
enseignant animateur d'équitation qui ont les mêmes visées.
Une réforme dans la loi de modernisation du sport ?
Dans ce paysage singulier, 2013 aura par ailleurs vu la disparition du
Centre d'analyse des formations, des métiers de l'animation et du sport
(Cafemas). A propos de la suppression de ce groupement d'intérêt public,
qui constituait "un lieu partenarial de production d'études et
d'analyses", les rapporteurs notent que "les représentants des branches
professionnelles, du mouvement sportif et des mouvements d'éducation
populaire ont fait part, lors de leurs auditions, de leurs désaccords
sur cette décision". Et ils suggèrent "que des travaux conjoints
puissent être rapidement engagés afin de remettre en route une action
réellement partagée en matière d'observations en lien avec les
producteurs de données statistiques".
Ce rapport sur l'état des lieux des diplômes et certifications dans les
champs du sport et de l'animation n'est qu'une première phase des
travaux. La seconde devra conduire à "formuler des propositions pour
adapter l'activité des services et des établissements, ainsi que des
procédures de certification, à la réduction d'effectifs déjà constatée
au plan déconcentré". Toutefois, des pistes de réflexion et/ou
d'amélioration sont d'ores et déjà esquissées par le présent document.
Parmi celles-ci, notons l'amélioration des modes et des méthodes
d'intervention des directions du ministère ; le réexamen de
l'architecture et des conditions de création des BPJEPS de façon à
développer l'employabilité sur les territoires ; le développement des
articulations entre les différentes certifications pour créer de
véritables filières et un dispositif plus lisible ; la réaffirmation du
rôle des DRJSCS en matière de pilotage régional ; la prise en compte des
conséquences du transfert programmé des EPN (établissements publics
nationaux) aux régions dans le cadre de l'acte III de décentralisation,
tout en proposant des dispositions permettant de garantir
l'identification, au plan territorial, de l'offre de formation de l'Etat
sur la base d'une programmation nationale.
Les nouveaux scénarios de la politique ministérielle de formation et de
certification pourraient voir le jour dans les tout prochains mois. La
logique voudrait en effet que ce pan primordial de la politique sportive
soit intégré dans le futur projet de loi de modernisation du sport,
texte-phare de Valérie Fourneyron attendu en 2014.
Jean Damien Lesay
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Denis Lebioda
Chargé de mission
Ligue de l'enseignement dans les Alpes du Sud
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