[Laicite-info] Déclaration commune de la Ligue de l’Enseignement, de la Ligue des Droits de l’Homme et de la Fédération nationale de la Libre Pensée

Denis Lebioda denis.lebioda at laligue-alpesdusud.org
Jeu 9 Avr 09:38:43 CEST 2015


Déclaration commune de la Ligue de l’Enseignement, de la Ligue des 
Droits de l’Homme et de la Fédération nationale de la Libre Pensée

Publié par : Ligue de l'enseignement
Le : 08 avril 2015

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Il ne faut pas toucher à la loi de 1905 ! Il faut défendre les libertés 
publiques ! Les associations laïques : Ligue de l’Enseignement, Ligue 
des Droits de l’Homme et Fédération nationale de la Libre Pensée ont 
décidé de rendre publique cette déclaration au vu de la situation 
préoccupante qui existe dans ce pays aujourd’hui.

La laïcité, qui est le libre exercice de sa conscience, est garantie par 
la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905. Elle est 
aujourd’hui menacée par ceux qui veulent en faire un instrument contre 
une certaine catégorie de la population : les citoyens d’origine 
arabo-musulmane.

Ainsi, on entend interdire les repas de substitution dans les cantines 
des collectivités publiques pour les végétariens et les personnes ne 
voulant pas, pour des raisons diverses, manger du porc. Imposer une 
nourriture contraire aux convictions personnelles, ne relève pas de la 
laïcité, mais de la xénophobie. S’il est juste d’un point de vue laïque 
de refuser de diffuser dans les collectivités publiques les produits 
casher et hallal, imposer des repas avec de la viande de porc relève de 
la discrimination.

Ainsi, on entend réclamer l’interdiction du voile dit « islamique » à 
l’Université. Rappelons qu’il existe, dans les facultés, les franchises 
universitaires qui sont des libertés arrachées au pouvoir et aux 
clergés. Remettre en cause les libertés universitaires ne relève pas de 
la laïcité, mais d’une remise en cause de la démocratie.

Ainsi une proposition de loi qui doit être examinée en mai prévoit la 
modification du Code du Travail ; on veut y intégrer des dispositions 
relevant de la sphère publique et de la nécessaire neutralité des agents 
des Fonctions publiques. Le Code du Travail régit les rapports entre les 
dirigeants d’entreprise et les salariés. Au sein des entreprises, la 
liberté de conscience est régie par l’Article 10 de la Déclaration des 
droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 : « Nul ne doit être 
inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur 
manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

On veut étendre à l’infini la sphère publique et imposer la nécessaire 
neutralité des agents des services publics à tous les salariés dans tous 
les secteurs de la vie économique et quotidienne. Cela relève d’une 
volonté de normalisation à outrance de la société et entraînerait une 
diminution drastique des espaces où s’exercent les libertés 
individuelles. C’est transformer les entreprises en champ clos 
d’affrontements communautaristes et religieux. Il est possible de mettre 
des limites à la liberté de comportement des salariés, en raison des 
besoins de l’entreprise et de la sécurité, mais cela doit être 
strictement délimité et soigneusement encadré. Aucune entreprise n’a le 
droit de posséder un blanc-seing pour régenter la conscience des salariés.

Ainsi, contre le principe de Séparation des Eglises et de l’Etat, on 
entend des propositions visant à suspendre, modifier, abroger la loi de 
1905 pour « intégrer » l’Islam. Rappelons que la loi de 1905 a été 
promulguée alors qu’il y avait 10 millions de musulmans sur le 
territoire de la République dans les 3 départements d’Algérie. Son 
article 44 prévoyait son application en Algérie. C’est pour des raisons 
d’intérêts colonialistes et de contrôle des « indigènes », via les imams 
qu’il fallait garder assujettis au système colonial, que cette 
disposition n’a jamais été appliquée, alors qu’elle était réclamée avec 
force par toute l’élite nationale et indépendantiste algérienne.

Rappelons aussi que les cultes bouddhistes (600 000 adeptes en France) 
ont été intégrés dans les dispositions des associations cultuelles 
prévues dans la loi de 1905 sans qu’il ait été besoin de modifier un mot 
de la loi de 1905. Il n’appartient pas à l’Etat et au gouvernement de 
s’ingérer dans l’organisation des cultes, ni de désigner ses « 
interlocuteurs officiels », ni de former les religieux et encore moins 
de délivrer des diplômes religieux. Nos associations rappellent ce que 
disait Victor Hugo : « L’Etat chez lui, les Eglises chez elles ». Toute 
autre disposition visant à l’ingérence de l’Etat dans les cultes relève 
de l’esprit de concordat.

La laïcité et les libertés sont menacées !

Comment ne pas être inquiets quand on prend connaissance du projet de 
loi présenté par le Premier Ministre qui « légalise des mesures de 
surveillance jusqu’ici interdites. Les possibilités d’écoute, 
d’espionnage d’Internet et de visites clandestines de domiciles sont 
étendues. (Le Monde du 21 mars 2015). Et ce pour protéger « Les intérêts 
essentiels de la politique étrangère et l’exécution des engagements 
européens et internationaux de la France. Les intérêts économiques et 
scientifiques... »

Là aussi, la part des libertés individuelles ne cesse de se réduire au 
détriment du « tout sécuritaire ». Une grande menace se fait jour sur 
les libertés de communication téléphonique où les moyens techniques 
légalisés ne laisseront plus aucune part à la préservation de la vie 
privée. Tout est possible, tout sera-t-il permis ? Les moyens de 
contrôle sautent les uns après les autres. La CNIL n’a plus aucun rôle 
dans cette affaire et le juge judiciaire est totalement dessaisi au 
profit de l’Administration.

Comment ne pas être inquiets aussi quand l’une des nouvelles missions 
affectée aux services secrets est : « La prévention des violences 
collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ? » 
Cette notion peut recouvrir tout et n’importe quoi, y compris dans le 
domaine social et syndical. Une nouvelle loi anticasseurs ?

Comment ne pas être aussi stupéfiés que la lutte antiterroriste et son 
dispositif légal aient conduit une personne en état d’ivresse avancée, 
qui n’était plus dans l’état de comprendre quoi que ce soit, à être 
condamnée à des années de prison pour des propos d’ivrogne ?

Il serait temps de se rappeler ce que disait Benjamin Franklin : « Ceux 
qui pensent qu’en abandonnant un peu de liberté, ils auront un peu plus 
de sécurité, n’auront au bout de chemin ni sécurité ni liberté. »


Il faut défendre nos libertés et la laïcité : Il s’agit de notre liberté 
de conscience !

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Denis Lebioda
Chargé de mission
Ligue de l'enseignement dans les Alpes du Sud
Mel : denis.lebioda at laligue-alpesdusud.org
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